jeudi 19 janvier 2012

ANTARCTIQUE, Episode 4





Après avoir quitté le mouillage féerique de Paradise Baie, nous avons traversé le Gerlache Strait pour rejoindre l'île de Anvers par le magnifique "Neumayer channel" et arrivée à port Lockroy où nous allons mouiller pour quelques jours. L'après-midi nous profitons d'une météo très moyenne pour aller tester les pentes du Jabet Peak dominant Port Lockroy.

Au retour il est décidé d'aller camper au col situé sur le Thunder glacier pour explorer les sommets de Luigi Peak et du Mont Wheat. Nous abandonnons l'idée d'aller sur le Mont Français en raison d'une météo trop instable cette année, n'ayant encore pas eu 2 jours de beau temps consécutifs.

Les préparatifs terminés, nous voilà partis avec 4 pulkas pour 6, et dès les premiers mètres nous goûtons au plaisir de la pulka en devers! Nous traversons le glacier Harbour puis remontons le Thunder glacier pour arriver au col où nous installerons notre camp. L'endroit est une vraie soufflerie et la construction de murs de neige autour des tentes s'avère de suite indispensable avant même de les monter.

La première nuit n'est pas mauvaise, au petit matin il neige un peu, ce qui n'augure pas une belle journée. C'est sans compter les changements brutaux de météo de l'Antarctique car le vent s’élève et le ciel s'éclaircit laissant apparaître des paysages somptueux. Le petit déjeuner avalé, nous partons pour Luigi Peak situé juste au dessus du camp. La montée débonnaire au début, emprunte ensuite une large croupe avec quelques ressauts nécessitant les crampons. Nous arrêterons l'ascension au pied de la pyramide sommitale, sorte d'énorme gâteau à la crème s'avérant impossible à gravir pour nous. Qu’à cela ne tienne, la vue est une des plus belle du voyage, avec toute la chaîne du Mont Français face à nous, et tout autour la myriade de sommets de la péninsule Antarctique. Bref le panorama d'une vie comme nous l'avions annoncé en préambule à ce voyage. Retour au camp et gonflés par tant de beauté nous décidons de repartir pour un second sommet en milieu d'après midi. Malheureusement le ciel se couvre à nouveau et le sommet s'avère inaccessible défendu par une face couverte de séracs et de crevasses infranchissables. Nous nous consolons par un tout petit sommet à côté, avant de revenir au camp.

Le vent a tourné, le ciel s'assombrit n'augurant rien de bon pour le lendemain et nous renforçons d'avantage les murs de neige autour des tentes.

La tente a claqué toute la nuit et nous nous réveillons dans la tempête.

Chacun plie ses affaires et le démontage des tentes sera la première épreuve du matin. Après s'être encordés, nous commençons la descente, mais c'est sans compter sur nos pulkas qui mettent nos nerfs à rude épreuve.

Tantôt se couchant sur le côté, tantôt nous passant devant, elles nous obligent à de nombreux arrêts dans le vent et la neige qui tombe à l'horizontale.

Après 4 heures d'effort, nous sommes de retour, trempés mais bien contents sur la plage à côté des manchots et face aux sourires de Juliette et Benoit heureux de nous voir arriver. Encore quelques embruns sur l'annexe pour rejoindre le bateau et nous sommes accueillis en héros avec un repas de roi à bord de Paradise.

vendredi 13 janvier 2012

ANTARCTIQUE 2012, Episode 3


Le 12 Janvier 2012 -  64°54'32.07"S /  62°51'55.18"O


Salut à tous,

Le mouillage de "l'Enterprise" où notre bateau était amarré à une vieille épave nous parait bien loin déjà... Nous avons depuis ce point traversé le bras de mer au sud afin d'aller skier le Mt Harris. Cette montagne requière tout notre savoir faire: trouver notre voie dans un dédale de crevasses, ponts de neige, trous béants gigantesques et cheminement dans la brume. Cette course magnifique, digne des plus beaux itinéraires alpins, prend toute sa dimension au sommet:
Des montagnes à perte de vue, la mer & ses icebergs.
Le panorama d'Antarctique nous offre un spectacle hors du commun.
Puis, le temps s'est gâté et une journée entière de pluie nous a poussée vers la base Chilienne de Gabriel Gonzales Videla. Ici au bout du monde une poignée de militaire partagent un ilot rocheux avec une colonie de manchots. Hier, deux petites randos pour sortir un peu, mais le vent fort et le temps toujours maussade ne nous ont pas laissé beaucoup de chance. Quoi qu'il en soit nous avons pu accompagner Juliette, notre second skipper et cuisinière hors paire, pour une petite initiation au ski. L'après midi, nous avons eu la chance de voir passer deux baleines à 50m du bateau. Le soir pour l'apéritif, réception d'un équipage anglais...
Quelques minutes plus tard nous dansions au son de cloclo et autres subtilités des années 80. Comme vous pouvez le voir, le moral des troupes et l'ambiance à bord sont au beau fixe !
Aujourd'hui le temps plus clément nous a offert une journée de choix, nous avons pu gravir le Mt Hoegh à 940m. Quel plaisir de trouver sa voie au milieu de ce glacier et d'halluciner littéralement sur le panorama... Le soleil à travers les nuages, les îles glaciaires et leurs sommets, les murs de glace, l'océan et les icebergs... Descente collector sur fond d'Antarctique... Une bien belle journée qui nous a surmotivé pour la suite.
Ici, les randos prennent une dimension nouvelle pour nous car il faut gérer de nombreux paramètres d'approche: Trouver une "plage" pour débarquer car la plupart des côtes sont gardées par les séracs, naviguer doucement entre les icebergs pour se rapprocher du rivage, embarquer dans le petit zodiac, débarquer sur les rochers, chute interdite car l'eau est assez fraiche dans le secteur !!!  Nous chaussons enfin les skis à 2 ou 3 mètres de l'eau - encordement obligatoire car les premières crevasses sont à quelques mètres ! Ce matin, 3 manchots curieux se sont approchés de nos spatules... Ambiance !
Nous mouillons à présent au sud de Paradise bay dans une crique glaciaire à l'eau calme et limpide où barbotent quelques manchots. La neige tombe tranquillement sur les montagnes alentour. Le programme de demain n'est pas vraiment déterminé, météo oblige, mais nous saurons profiter du site quoi qu'il arrive comptez sur nous !
Plein de pensées givrées à tous et n'oubliez pas: ça glisse au pays des merveilles !

Le Dream Team.

mercredi 11 janvier 2012

ANTARCTIQUE 2012, Episode 2



Dimanche 8 Janvier - 64°32'401''S / 61°59'914"W
Après une traversée épique qui restera gravée dans nos mémoires, après le passage du cap Horn accompagné de dauphins, après avoir bravé à tour de rôle les vagues gloutonnes du passage de Drake, après avoir pour certains espérés la terre ferme, après avoir savouré le spectacle des baleines au soleil du soir en entrant en péninsule, après avoir croisé quelques icebergs aux formes improbables, nous y voilà, nous y sommes...
enfin !

Le spectacle grandiose que nous offre l'antarctique est au delà nos espérances: les glaciers plongent dans la mer et les innombrables sommets qui nous entourent nous tendent les bras. Le temps ensoleillé nous laisse espérer des perspectives enivrantes et des journées de ski à la fois spectaculaires et inattendues...

Toute l'équipe est en train de siroter une bière au chaud dans le bateau pendant que je vous raconte des histoires, et la petite rando de rien du tout que nous avons fait aujourd'hui en mise en bouche nous a déjà laissé quelques étoiles dans les yeux:
Le bateau est amarré à une vieille épave au fond d'une crique magnifique.
Nous avons flirté avec les séracs brillants du littoral en zodiac pour accoster au pied d'un petit sommet à 440m. La neige est inattendue mais délicieuse, et le panorama nous laisse bouche bée chaque fois que nous regardons autour de nous.

Il faudrait déjà deux tomes pour vous décrire ce que nous vivons ici, alors nous nous contentons de vous dire que nous pensons bien à vous, et que ce voyage fait déjà partie d'un world class absolu.

Demain nous passons aux choses sérieuses, mais est-ce bien nécessaire de
le préciser...

Le dream team.

mercredi 4 janvier 2012

Expédition: ANTARCTIQUE




Chers amis,

C'est non sans une certaine émotion que nous vous écrivons du bout monde, Ushuaïa.

L'équipe va bien et tout le monde est prêt à affronter les terribles mers du sud. Le bateau, chargé des nombreuses denrées nécessaires à ce voyage d'exception, est à la hauteur de nos espérances ( bières, chocolat & aventuriers remontés comme jamais ).

La météo plutôt favorable en ces contrées, nous donnent une fenêtre favorable pour commencer notre navigation dans quelques petites heures.

Dans quelques jours nous seront sans doute tout prêt du continent Antarctique, où nous pourrons enfin commencer nos pérégrinations de skieurs.

Toute l'équipe vous souhaite une bonne et heureuse année, et vous donne rendez-vous très prochainement pour la suite de leur aventure.

Ushuaïnement,

Le dream Team.

vendredi 9 décembre 2011

Traversé Mustang Phu Octobre 2011

Tout le groupe au sommet
Succès total au Saribung !
Neuf personnes sur neuf au sommet, à 6328 m. Mais surtout, enchantement permanent lors de ce magnifique trek qui nous fait visiter en 21 jours de marche les paysages les plus variés du Népal. Parfaitement découpé en trois parties complètement différentes, ce trek nous a offert un panel éblouissant de l’Himalaya.
Une première semaine dans l'ancien royaume du Mustang, avec ses nombreux monastères, ses paysages arides mais éclairés par des oasis de verdure dans les villages irrigués par d'ingénieux systèmes de captage et canaux, ses falaises aux couleurs multicolores perforées d'anciennes habitations troglodytes. D'anciens forts en ruine témoignent du conflit qui opposa le Tibet au Népal, ce dernier obtenant souveraineté en 1792. Mais il faudra attendre 1992 pour une ouverture aux touristes. Aujourd'hui encore, l'accès est réglementé. Il est interdit d'y voyager seul et la proximité de la Chine rend les secours héliportés plus difficiles.
Chaque entrée de village est protégée par de nombreux chortens ou Rigsum Gompo. Ils contiennent les reliques de saints lamas et des textes religieux. Pour se protéger contre « l'ombre de ne souvenir de rien », comme l'interprête Alexandra David Neel. Pour se protéger également des mauvais esprits. Rigsum Gompo, les trois chorten tricolores, associent les trois bouddha : connaissance, compassion, puissance. Ainsi, le rouge de la terre, le blanc du ciel et le gris de l'hypogée préviennent les démons des risquent qu'ils prendraient à venir perturber les humains.
Sur une variante de l'itinéraire nous descendons dans d'impressionnantes gorges pour visiter la grotte de Ranchung. Urgyen Rimpoché, après une longue poursuite depuis le tibet  y aurait combattu des démons. C'est leur sang répandu qui donne la couleur rouge aux falaises environnantes, et leurs intestins sont enfermés dans le plus long mani du Népal, ce long mur de prière que nous longerons le lendemain. Lorsque je souris à l'évocation de cette légende, mimée par Buwhan notre Sirdar, celui-ci m'interpelle avec le plus grand sérieux, me signalant qu'il s'agit d'histoire, pas de mythologie... Dorénavant je resterai imperturbablement touché par ses histoires. Et elles ne manquent pas, car les monastères et autres lieux de culte sont plus nombreux dans ce royaume déchu que les cybercafés ou autres modernités. Pourtant, la route avance, l'électricité arrive.
Nous avons le sentiment d'avoir le privilège de vivre une période charnière (la maladie du roi qui nous a honoré de sa visite, sa sénilité, sont un témoignage parmi d'autres). Autour du poêle, le soir, les hommes se regroupent pour discuter. Ils ne parlent pas de foot, ni même de criquet, mais de la construction de cette route qui va entièrement modifier leur mode de vie. En bien ou en mal, les avis divergent. L'avenir nous le dira. Rendez-vous dans quelques années pour voir ce nouveau Mustang. Nous y reviendrons, quelle que soit le développement des infrastructures, car les paysages seront toujours aussi fantastiques.
Après une journée de visite de Lo Mangtang, la capitale, nous prenons de l'altitude vers notre objectif principal : l'ascension du Saribung. Le programme est progressif, nous souffrons peu de l'altitude. Par contre, nos porteurs, jeunes étudiants à Kathmandu pour la plupart, utiliserons abondamment notre pharmacie. C'est pour eux un trek difficile. Pourtant nous les avons équipé avec tout le matériel nécessaire pour supporter des nuits à plus de 5000 m et pour franchir un col glaciaire à 6000 : grosses chaussures, doudounes, pantalons de montagne, tentes, matelas, duvets, lunettes, gants... Malgré quelques MAM ils s’acquitteront brillamment de leur tâche. Signe des temps qui changent : en fin de trek ils nous demanderont nos adresses mail pour communiquer sur facebook !
Le glacier qui mène au camp d'altitude se franchit par une étonnante allée ouverte au milieu de gigantesques pénitents. En pendant aux croyances de notre sirdar, et les intestins de démons (ce sont surtout les siens qui sont diaboliques, à en croire sa consommation d'imodium...) nous pourrions revoir l'ouverture de la mer morte face à Moïse. Mais l'heure n'est plus au mysticisme. Il a neigé les nuits précédentes. Le chemin qui doit nous mener vers le sommet demande de gros efforts pour frayer un passage dans la neige profonde. De plus, le vent a énormément travaillé le manteau neigeux et des crevasses sont présentes sur les pentes. Il faut être vigilent et choisir judicieusement l'itinéraire. La montée devient un jeu de piste, à la recherche d'une ancienne trace, d'une neige moins soufflée ou plus dense. Au rythme fort lent du leader, qui peine à creuser un sillon vers le haut, tout le groupe arrive à suivre. Et à atteindre le sommet.
Un peu après Kagbeni avec le Nilgiri

Arrivé à Tamagaon

Une maison traditionnelle

Dhakmar le soir

Arrivé sur Lo Manthang

Vie quotidienne à Phu



Le monastère de Thinggar au dessus de Lo Manthang

Au dessus de Dhi avec le massif du Damodar en toile de fond

Camp à 5800 m sur la moraine avant le col du Saribung


Montée au dessus de Ghuma Tati



Sur le glacier en montant au camp à 5800 m

L'allée des pénitents!

Départ le matin pour le Saribung depuis le camp à 5800 m

Luc trace dans une neige profonde vers le col

Janine et Jean Marie au sommet du Saribung

Descente versant Phu sur le glacier

Les grands sommets au dessus de Phu

Les maisons de Phu

En descendant sur le glacier versant Phu

Janine sur une table glaciaire

Une petite fille de Phu
Le village de Phu, le premier rencontré lors de la descente, abstraction faite des villages en ruine d'anciens réfugiés tibétain, offre une étonnante transition avant le retour aux paysages plus verts et plus fréquentés du tour des Annapurna. Une journée de promenade dans ces constructions d'un autre temps, en compagnie des villageois qui fêtent la fin des fêtes de Tihar et Dipavali nous permet de récupérer de toutes ces journées passée en haute altitude, avant d'entamer une longue descente verdoyante jusqu'à la route et le bus qui nous ramène à Kathmandu.